Le mode de vie du Cheval Camargue

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Nourriture
Les terrains où vivent les manades de chevaux Camargue ne sont pas des herbages, mais des marais, des terres impropres aux cultures : Sur ces terrains imprégnés de sel poussent le roseau, le chiendent, le triangle, la saladelle et la salicôrne. Le troupeau doit donc beaucoup se déplacer pour apaiser sa faim, car l'herbe grasse y est peu abondante.
Du fait de ce mode de vie sévère, le cheval Camargue a acquis une résistance extraordinaire aux abstinences et aux intempéries, car il ne connaît pas l'écurie.
Il faut avoir vu lors d'une tempête de pluie, de neige, ces chevaux, dos au vent, attendre, tête basse, que la tourmente cesse pour reprendre tranquillement leurs habitudes. Par grand froid, il n'est pas rare de les voir casser la glace des roubines ou des marais pour s'abreuver.
Enfin, en été, quel est le cheval pur sang ou demi sang qui résisterait à la tourmente du soleil torride, de la chaleur et au harcellement des mouches, des taons et des moustiques.
Reproduction
    Le seul travail du manadier en période de reproduction est de choisir un étalon (ou grignoun) qui restera sur la manade toute l'année.
    Il a soin aussi de ne pas mettre avec lui des jeunes mâles, car l'étalon règne sur son troupeau comme un sultan sur son harem et ils se livreraient entre eux d'âpres combats pouvant eêtre parfois mortels.
    La monte a lieu en totale liberté, sans intervention aucune de l'homme. Autrefois critiquée, son taux de réussite (de l'ordre de 75 % ) prouve que c'est la seule capable de fournir un maximum de naissances.
    Ceux qui sortent de ces épreuves brutales mais naturelles, n'en sont que plus forts et plus capables d'imprimer à leur descendance les caractères physiques et moraux qui en font le succés.
    Naissance
    Les naissances, échelonnees du mois d'avril au mois de juillet, se produisent, généralement aussi, sans l'aide de l'homme.
    Cependant, comme au début du printemps les marais sont encore en eau, certains éleveurs rentrent leurs juments dans un vaste enclos à ciel ouvert afin que les mises bas s'effectuent convenablement, sans risque de noyade.
    Poulain
    Tout le monde sait que les chevaux Camargue sont blancs comme les taureaux Camargue sont noirs. Mais ce que l'on sait moins ou pas du tout, c'est que les poulains de ces chevaux naissent noirs ou gris foncé avec souvent une "liste en tête", (bande blanche verticale sur le front).
    Jusqu'a 6 mois, moment du sevrage, il suivra sa mère dans ses moindres déplacements. C'est à cet âge qu'il commencera à perdre son poil de naissance pour devenir vers l'âge de 5 a 7 ans entièrement blanc, ou plus exactement en langage hippique, gris clair.
    A un an, il sera capturé au lasso pour être marqué au fer rouge, sur la cuisse gauche. Chaque propriétaire ayant une marque différente (blasons, initiales, symboles) il lui est aise lors d'un mélange inopiné de plusieurs bêtes de reconnaitre celles lui appartenant.
    - A un an, on l'appellera un court» (courto pour une femelle),- A deux ans, doublen» (doublenco),
    -A trois ans, il sera ternen» (ternenco) et a quatre ans quatren» (quatrenco).
    C'est à partir de 3 ou 4 ans que commencera le dressage.
    Dressage
    Des 3 ans, le cheval est à nouveau capturé pour être conduit à l'écurie où, attaché, Il s'habituera à l'homme, à sa voix, à son toucher.
    Ensuite il apprendra à tourner à la longe ; son dos recevra successivement un sac, ensuite une sangle serrée, puis une selle légère avec étriers qui lui battront les flancs à la manière d'un cavalier.
    Quand il ne réagira plus, on lui passera une bride, un mors, un cavecon, et la selle gardiane (environ l5 kg). Tenu par un cavalier, il devra suivre un autre cheval.
    Et un jour, il sera mené sur un terrain mou ou labouré (afin qu'il se fatigue très vite).
    Le cavalier enfourchera sa monture le plus rapidement et le plus légèrement possible.
    Parfois tout se passe très bien (surtout si la première partie du dressage a été soignée) mais souvent les réactions sont violentes (on dit du cheval qu'il se débranle).
    Il faudra alors recommencer Ie lendemain, en ayant soin de ne pas terminer la leçon sur un échec (c'est une regle).
    Le métier de dresseur n'a plus guère d'adeptes. En général les gardians "font" eux-mêmes leur monture, soit pour leur usage personnel, soit pour la revente aux nombreux amateurs.
    C'est d'ailleurs dans la pratique du travail quotidien que le cheval jeune se dégrossit et devient un cheval fini» (c'est à dire docile entre les jambes du cavalier. Il deviendra un cheval de taureau vers l'âge de 6 ans.
    HARNACHEMENT
    Dans le travail du taureau, le gardian doit souvent en plein galop crocheter à la poursuite d'un animal, faire de brusques virevoltes que la souplesse du cheval rendrait périlleuses, si le cavalier n'était emboîté dans sa selle comme dans un fauteuil. On trouve déjà le même type de selle, en France dés le XIIIe siècle. C'est à peu de chose près celle qu'utilisent actuellement les cow-boys, les gauchos ou les Arabes.
    Elle est haute, à dossier. L'arçon d'armature métallique est dissimulé sous un cuir fauve de vache et de porc.
    A l'avant, se trouve le pommeau, où s'accrochent les sacoches dans lesquelles le gardian met de menus objets.
    A l'arrière, le troussequin, plus haut que le pommeau, forme deux cornes s'adaptant parfaitement au contour de la hanche.
    Les étrivieres longues supportent un étrier ajoureé et fermeé devant afin que le pied ne reste pas pris en cas de chûte.
    Au troussequin s'accroche la croupière qui empêche la selle de venir sur le garrot, alors qu'à l'avant la martingale empêche les sangles de glisser en arrière.
    Le noeud des sangles est dit noeud de gardian et possède la particularité de se serrer à la traction.
    La bride
    Elle est en cuir et se compose, comme toutes les brides, de la têtiere, du frontal, de la sous-gorge, des montants et de la muserole.Les boucles infèrieures des montants tiennent le mors.
    Le mors
    La forme de celui-ci est variable.Il sera brise si le cheval est ombrageux ou bien droit si le cheval est docile.Les branches du mors sont reliées sous la bouche par une gourmette.
    Le caveçon
    Tous les gardians qui montent des chevaux jeunes utilisent cet instrument. C'est une sorte de chaîne articulée, à pointes, qui rappelle un peu la chaîne de bicyclette.
    Certains cavaliers entourent cette chaîne d'un cuir mince, afin de rendre l'outil moins cruel.
    Un spectateur peu averti pourrait croire à de la cruauté, mais il ne faut pas oublier que le Camargue est un animal demi-sauvage, qui doit à tout instant sentir la domination de l'homme afin de réfréner ses instincts de liberté.
    Le seden
    Le seden est une corde faite avec les crins des crinières des juments seulement. D'une longueur de 9,50 a 10 m, de couleur blanche, noire ou rousse, il sert à capturer et à attacher les montures.
    De par une agréable combinaison de couleurs, il sert aussi, dans les manifestations, de parure au cheval et à son harnachement.
    Malheureusement, la fabrication du seden, qui se transmettait de gardians à gardians, a aujourd'hui pratiquement cessé et risque, ainsi que beaucoup de choses qui nous entourent et que nous ont laissées nos aïeux, de disparaître à jamais si nous n'y prenons garde.
     
    UTILISATION EN CAMARGUE
    Au temps lointain où la Camargue était presque inaccessible et le mécanisme agricole à ses débuts, la principale fonction du cheval Camargue a été le foulage du grain (ou dépiquage).
    Ensuite cette fonction ayant disparu, le Camargue est resté comme cheval d'attelage, tour à tour à la charrue, la charrette ou la voiture.
    Mais sa véritable destination est la selle.
    Il est l'instrument indispensable du gardian pour la surveillance des manades de taureaux.
    En hiver, il permet au manadier de parcourir son " pays " submergé par les pluies.
    Au printemps, il sert aux ferrades, travail qui consiste à éloigner les jeunes veaux du troupeau afin d'etre marqués.En été, le cheval participe à toutes les fêtes votives, où il excelle dans les jeux ou les " abrivados ".Sans lui, comment le manadier pourrait-il rassembler ses taureaux pour organiser les courses et manifestations tauromachiques ?
    Qui a vu l'extraordinaire souplesse du Camargue au galop, ses arrêts nets en pleine course, et ses brusques volte-face sur ses postèrieurs lors d'un tri, comprend l'utilité du dressage sévère qui lui est infligé. Dressage efficace mais souvent critiqué, a tort, car il s'agit d'une monte de travail.
     
    UTILISATION HORS CAMARGUE
    Après des millénaires d'existence, la race Camargue, mondialement connue, a été officiellement reconnue en 1967 par les Haras Nationaux.
    Très intelligent, s'acquittant admirablement bien des tâches qui lui sont confiées, son incroyable rusticité et sa résistance à de très longues étapes (de 80 a l00 km journaliers), font que les cavaliers pratiquant le tourisme équestre, recherchent particulièrement ce cheval ; son allure particulière appelée entrepas permit au Marquis de Baroncelli et à Jacques Marignan d'effectuer le trajet Marsillargues (près de Lunel), Lyon et Arles soit 630 km en 2 fois 4 jours et à Léon Fontanieu de parcourir 300 km en 3 jours.
    Sa grande aptitude à tous les dressages peuvent en faire un très bon cheval d'attelage, de saut et même de haute école.Sa petite taille et sa docilité lui permettent d'être une monture à la portée de tous les cavaliers débutants.Enfin, il est très prisé des cavaliers désirant un cheval qui, bien que dressé, ait garde son caractère.
    Pourtant cette race qui a traverse 45 millions d'années, est maintenant menacée.
    Les terrains immenses (nous avons vu qu'ils ont une importance primordiale dans la rusticité et la qualité des sujets) où chevaux et taureaux ont pâturé pendant des millénaires, sont maintenant convoités par des amateurs plus ou moins sincères de nature et de liberté. Les prix offerts pour les terres non cultivées, mettent le manadier, s'il veut que son élevage reste rentable, totalement hors circuit. Une fois les marais asséchés et leur " cabane de gardian " construite, les " amoureux d'espace " déguisés en cowboys, sillonnent le pays sur un cheval croisé. Triste caricature, à vrai dire, des gardians groupés autour de Baroncelli et d'Arbaud chantant la Cansoun Gardiano » :
    Coumpagnoun, d'aut, d'aut, e parte a gran erre,
    Entaiolo-te, sello toun chivau,
    Que te venon querre;
    Plego toun seden, aganto toun ferre,
    Per la tradicioun fau douna l'assaut;
     
    Compagnon debout et pars en grande hâte
    Ceins ta tayolle, selle ton cheval
    Car on vient te chercher
    Roule ton seden, saisis ton trident
    Pour la tradition, il faut donner l'assaut.
    A cause (ou grâce, selon que l'on est éleveur ou cultivateur de l'irrigation presque totale de la Camargue rendue possible par des infrastructures hydrauliques importantes, les terres incultes fondent comme neige au soleil.
    Certains ont cru bon d'importer des races non autochtones ( très belles par ailleurs et non denuées de qualités ) afin de faire du Camargue plus grand et de couleur mais beaucoup ont vite déchanté car s'ils ne sont pas rentrés à l'écurie et nourris avec du foin de qualité, ils périclitent. En Camargue, aucun cheval n'égale le Camargue (ce que nos ancêtres avaient déjà découvert bien avant nous).
    Et puis pourquoi au prix d'un certain snobisme, altérer les traditions et les particularités d'un pays ?
     
    ACTIONS DE SAUVEGARDE
    Le Parc Naturel Régional de Camargue, en étroite collaboration avec les collectivités locales, les manadiers, a commencé à acheter avec l'aide de l'Etat, certains terrains mis à la vente, les soustrayant ainsi à la demande extèrieure ; ces terres sont ensuite louées aux éleveurs.
    Des pistes équestres, réservées uniquement aux chevaux Camargue harnachés suivant la tradition du pays, permettront de découvrir la Camargue et ses habitants, au cours des randonnées et de soirées, où tous seront unis par la même passion : le cheval.
     
    FETES ET MANIFESTATIONS LOCALES ou le Cheval Camargue est present:
    25 Decembre : Noël provencal, defile et benediction des gardians, des arlesiennes ainsi que leurs montures.
    Pâques (Arles): Féria pascale - défilé
    Dernier dimanche d'avril (Arles): Fête de Saint-Georges (patron des gardians) : défilé des gardians et des chevaux, groupes folkloriques, jeux de gardians dans les arènes.
    Pentecôte (Nimes): Samedi de la Féria Rassemblement et défilé.
    24 et 25 Mai (Stes Maries) : pèlerinage des gitans Défilé
    25 Mai (Stes Maries): Journée a la mémoire du Marquis de Baroncelli. Défilé, jeux dans les arènes.
    Juin (Stes Maries): Fête du cheval et de la maintenance : défilé, jeux.
    20 Juillet (Stes Maries): Festo virgirienco : Défilé, jeux.
    En outre, c'est à partir du mois d'août qu'ont lieu les ferrades ainsi que les fêtes votives des villages environnants.
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