CHRONIQUE DU CONSAC DES GAGNE-PETIT 1993
Le Grau du Roi en 1930
( vues aériennes )
Rive Droite - Rive Gauche
CHRONIQUE DU CONSAC DES GAGNE-PETIT 1993
Histoire humoristique (et véridique) du Grau du Roi dans les années 1950
par Stéphane Isard et Mario Pimiento ( Ménéas Marphil œuvres)
interview de Ménéas Marphil
Le Grau du Roi en 1946
( vue aérienne )

introduction


1er juin 1598

Existence dans le consac ( massif de dunes ) de Gagne-Petit, d'un nouveau grau, qui s'estoyt ouvert il y a douze ou treize ans mais faulte de réparations de luy-mesme fermé avec les sables qui y ont esté jettez par les vents,..


Bien plus tard...


Les hommes sont comme les bichus: il y a ceux du roc et les baroulaïres. Vu sous cet angle, nous devons bien convenir que nous ne sommes pas vraiment du roc. Sauf qu'aux temps d'où nous parlons, c'était pas la peine de barouler bien loin, on avait tout sur place.

LES BICHUS

Pour les non-initiés, le bichu est le nom qu'on donne au "violet" ou "patate de mer". Vendus comme fruits de mer, ceux dits du roc passent pour les plus goûteux, ayant passé leur vie dans les eaux calmes et peu profondes du plateau rocheux qui borde notre port du Consac des Gagne-Petit.

Au lieu que les baroulaïres, ayant comme leur nom l'indique roulé et baroulé en eaux plus profondes au gré des courants marins, passent pour moins bons à cause du surplus de vase qu'ils contiennent parfois.

En réalité, les goûts et les couleurs ne se discutent pas plus en matière de bichus que pour le reste et tous les bichuvores savent bien le vrai critère d'appréciation : qu'il soit du roc ou baroulaire, un bon bichu est celui qui commence par vous pisser au visage dès que vous le pressez un peu entre les doigts. Signe de vitalité.

Des générations de savants avaient mis au point les joutes, les bioùs « taureaux », le pastis, la pétanque (sauf qu'ici on disait "les boules" parce qu'on aimait déjà pas les termes techniques)et d'autres grands acquis sociaux dont nous ferons l'énumération au fil de la mémoire et des pages.

Alors, pour respecter les inventions de ces grands savants, nous, les autochtones, nous avions planté ça-et-là des platanes, des mûriers, des acacias et des tamaris, manière de se protéger de la cagne tout en buvant le pastis pendant qu'on jouait aux boules en attendant l'heure des bioùs, les jours où y avait pas de joutes. Comme ça l'univers était cohérent et tout le monde se sentait utile.

Si d'aventure il te prenait une petite faim, c'était bien le diable si personne n'avait un muge ou un merlan (ou une paire de bichus...). Heureusement d'ailleurs parce qu'ici, entre, pendant ou après-guerre, s'il avait fallu avoir des sous pour bouffer il y aurait eu vingt badaïres autour de celui qui rousiguait un quignon. Déjà que le pain tient la place que l'on sait dans notre fonds chrétien, sa valeur s'était encore accrue quand nos frères-ennemis-de-toujours, les habitants d'Aigues-Mortes, avaient tenté un blocus sur nos sacs de farine. Cette histoire restera encore longtemps bien vive dans nos mémoires. Pour l'heure, on va pas bouléguer tout le passé d'un coup, mais vous comprendrez que chez nous le quignon de pain ne soit pas une simple valeur marchande.