les beaux jours


Dés les premiers beaux jours de l'année, les dunes se paraient du rose bleuté des giroflées de mer et d'un camaïeu de jaunes des marguerites des sables. En réalité, y avait pas que ça, mais si on vous mettait la liste complète des espèces qui poussaient là et qui ont aujourd'hui disparu, vous croiriez être en train de lire un catalogue de fleurs, ce qui n'est pas franchement notre but. Ce qui est sûr, c'est que si l'ami Vincent avait préféré la blancheur des mouettes à la noirceur des corbeaux, ses pas l'auraient sans doute conduit vers chez nous, entre les Saintes Maries et notre Consac des Gagne-Petit, et que sa palette aurait ronronné tout ce qu'elle savait de plus bigarré. Mais c'était tellement beau que peut-être il en serait devenu encore plus baoù « fou » et, au fond, les choses sont mieux ainsi.

Ce pays était au sud toute l'année. Y avait du linge étendu à la fenêtre; c'était joli et on aurait pu y vivre plus d'un million d'années..

Derrière le linge, les fenêtres étaient souvent ouvertes, ce qui permettait à des voix claires et radieuses de s'échapper dans la rue, envolées lyriques ou langoureuses de tous les succès indémodables: "Ay Catalinetta bella, tchi tchi..." Tino Rossi était souvent de la fête, ou le grand Mariano "Mon coeul est un violoooon sul lequel ton alcher joue...". Ou alors Rina Ketty "J'attendlai le jour et la nuit, j'attendlai toujoul ton retoul...". Et vas-y les roucoulades! Ça aussi c'était beau. Les gens avaient toujours un refrain à la bouche. Pendant ce temps, au moins, ça leur évitait de dire trop de counailles.

Aujourd'hui, c'est pas qu'au Consac, mais les gens ne chantent plus et ceux qui osent encore le faire sont regardés de travers par tous les amputés de la joie de vivre et les coincés de la télé.